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Le saviez - vous ?

Publié le par Roland MAFOUANA

Le saviez-vous ?

 

Le Congo ne serait pas devenu champion d’Afrique de football en 1972 !

 

Comme vous le savez probablement, la 8ème phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de football s’était jouée au Cameroun, en 1972. A cette époque huit équipes seulement étaient qualifiées à la phase finale de cette compétition.

Les heureuses finalistes, en 1972, furent les équipes du Cameroun (pays organisateur), Soudan (champion en titre), Mali, Maroc, Togo, Kenya, Zaïre et du Congo. Ces équipes furent réparties en deux groupes ; et celle du Congo était dans le groupe B avec les équipes du Zaïre, Soudan et Maroc. Tous les matches du groupe A se jouèrent à Yaoundé et ceux du groupe B à Douala.

L’équipe du Congo entra en compétition le 25 février contre celle du Maroc. La rencontre se solda par un score de parité d’un but partout. Son deuxième match fut contre les Léopards du Zaïre le 27 février. Les congolais perdirent cette rencontre par deux buts à zéro. Et, c’est à ce niveau qu’aurait pu s’arrêter la compétition pour eux.

 

En effet, au lendemain de cette défaite, les diables-rouges reçurent un télex des autorités du pays qui leur intimait l’ordre d’arrêter la compétition et de rentrer au pays. Mais sûr de leurs potentialités et convaincus qu’ils pouvaient aller loin dans la compétition, les diables-rouges décidèrent de continuer tout de même le tournoi s’exposant ainsi aux conséquences que cela aurait pu impliquer.

Pour comprendre le comment et le pourquoi de cela, il nous faut remonter quatre  années en arrière ; c’est-à-dire en 1968.

 

L’année 1968 se joua, à Asmara en Ethiopie, la 6ème phase finale de la CAN de football. L’équipe du Congo y fut non seulement qualifiée mais elle faisait, de surcroît, partie des favoris pour remporter le trophée. Cependant celle-ci n’alla pas loin dans la compétition. Pire encore, elle perdit ses trois matches de pool (3 - 1 face au Ghana, 3 - 0 contre le Zaïre et 2 - 1 face au Sénégal) et quitta la compétition à la dernière place avec zéro point.

Suite à cette contre performance, tout le Congo fut déçu de son équipe de football. Les autorités décidèrent d’exclure l’équipe de la CAN 1970. L’équipe n’était plus prise au sérieux par les spécialistes du football tant sur la plan national qu’international. Par conséquent les diables-rouges étaient considérés comme des « touristes » ou comme une équipe « distributrice de points » lorsqu’ils se rendirent au Cameroun en 1972. Cela pourrait laisser supposer qu'après leur défaite face à l’équipe du Zaïre à la CAN de 1972, les autorités craignirent probablement que les diables-rouges ne retombèrent dans leurs travers comme en 1968. C'est pourquoi, peut être, elles auraient voulu faire arrêter la compétition à l’équipe.

Et pourtant, malgré son retentissant échec de 1968 et ses conséquences, l’équipe nationale du Congo ne resta pas inactive pendant les trois années qui précédèrent la CAN de 1972. Elle disputa près d’une vingtaine de matches amicaux parmi lesquels ceux contre le Cameroun, le Ghana, le Nigéria, La Tunisie, Valenciennes, Ajaccio et Chalter de l’Union Soviétique. Le plus célèbre d'entre eux est sans doute celui que l’équipe livra contre le Santos de Pelé en 1969, à Brazzaville. Bien qu’elle perdit la rencontre par trois buts à deux, l’équipe congolaise réalisa une rencontre de très grande qualité. La preuve en est qu'à la fin de la rencontre le roi Pelé en personne déclara à l’un des joueurs congolais « boa équipa d'aqui 5 anos » qui signifie « bonne équipe dans cinq ans ». Cette préparation dense et intense fit que, sur le plan purement sportif, l'équipe était prête physiquement et mentalement à son arrivée au Cameroun. Il semblerait que ce fut ces expériences enrichissantes qui donnèrent aux joueurs la conviction qu'ils étaient capables de rivaliser avec les autres concurrents. Toujours est-il que très sportivement, ils décidèrent de prendre leurs responsabilités et de poursuivre le tournoi malgré les conséquences que cette décision aurait pu impliquer. La suite nous la connaissons.

 

L'équipe congolaise livra son dernier match de pool le 29 février contre le Soudan. Les congolais remportèrent la rencontre par quatre buts à deux. A l'issu de cette victoire, congolais et marocains se retrouvèrent à égalité de points. Il fallait donc les départager et cela fut fait par tirage au sort. Et, comme un signe du destin (car leur compétition aurait pu s'arrêter à ce niveau aussi), ce fut l'équipe congolaise qui fut qualifiée pour les demi-finales. A ce niveau de la compétition, les diables-rouges rencontrèrent l'équipe du Cameroun à Yaoundé.  Le 2 mars devant près de 40 000 spectateurs, le Congo remporta le match par un but à zéro et s'ouvrit les portes de la finale. Pour ce match ultime avant le sacre, l'équipe congolaise affronta celle du Mali. La rencontre se joua le 5 mars et fut remportée par l'équipe du Congo par trois buts à deux. C'est ainsi que contre toute attente l'équipe congolaise se hissa au sommet de la hiérarchie du football continental.

 

De toute évidence cette victoire donna beaucoup de joie aux joueurs et leur redonna de même leur fierté. Elle fut aussi pour le peuple congolais l'occasion d'un grand bonheur. Les joueurs furent donc, logiquement, reçus comme des héros à leur retour à Brazzaville le 6 mars. Chaque joueur reçut en récompense 50 000 F CFA plus un terrain nu à faire bâtir soi-même. Ils furent tous décorés de la distinction honorifique de chevalier de l'ordre du mérite congolais. Seulement, les dons en nature et en espèces qui leurs furent offerts par des entreprises et certaines personnes ne leurs sont jamais parvenus. On leur retira même les survêtements avec lesquels ils avaient disputé la compétition.

 

La clôture il y a quelques jours de la 28ème édition de la CAN de football, qui s’est soldée par la victoire de l’équipe zambienne, qui comme celle du Congo en 1972 ne faisait pas partie des favoris, est l’occasion de se remémorer cette épopée de notre onze national. C’est l’occasion de rendre à nouveau hommage à ces joueurs qui avaient pris des risques en optant de poursuivre la compétition plutôt que rentrer au pays. Et, qui avaient fait preuve de responsabilité et de patriotisme en demeurant uni et concentré sur la compétition ; car ils avaient fait abstraction du climat qui régnait au pays suite au coup d’état manqué du 22 février 1972. 

Roland MAFOUANA

 

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